Capacités perceptives auditives langagières

Capacités perceptives auditives langagières dans le syndrome de Williams et propositions de remédiation pour l’apprentissage de la lecture

Auteur: S. Majerus - Université de Liège & Fonds de la Recherche Scientifique FNRS - Présenté lors du colloque du 26.11.2012 à Bruxelles

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Résumé:

Introduction

Le syndrome de Williams (SW) est caractérisé par une dissociation entre capacités auditivo-verbales et capacités visuo-spatiales, avec un développement langagier qui peut être conforme à l’âge chronologique dans un certain nombre de cas. Cependant, tous les aspects du développement langagier ne sont pas préservés de la même manière. Ainsi, alors que les enfants avec SW présentent des prérequis à l’apprentissage de la lecture bien développés, en l’occurrence de bonnes capacités d’analyse des sons du langage, l’apprentissage de la lecture est lui-même souvent très difficile, voire impossible. Dans ce travail, nous avons adopté l’hypothèse de recherche selon laquelle les bonnes capacités apparentes pour l’analyse des sons du langage cachent une réalité plus complexe, et sont caractérisées par des capacités auditivo-perceptives atypiques. Des études en neuroimagerie fonctionnelle ont en effet montré que les enfants avec SW présentent des activations atypiques lors de l’écoute de sons langagiers et musicaux. Les enfants avec SW sont également moins sensibles aux caractéristiques phonologiques de la langue maternelle : ils reproduisent aussi bien des mots familiers que des mots qui n’existent pas dans leur langue maternelle, contrairement à des enfants non-porteurs du SW qui présentent un net avantage pour les mots familiers. Finalement, des études récentes ont montré que les sujets avec SW présentent une hypersensibilité aux sons et bruits de l’environnement (odynacousie). Tous ces éléments indiquent que, malgré leur bon niveau de développement langagier, les enfants avec SW pourraient percevoir les sons du langage d’une manière différente que les enfants typiques. Ces anomalies pourraient rendre plus difficile l’apprentissage du lien entre les différents sons du langage et leurs codes écrits (lettres) correspondants.

Méthode

Tout d’abord, pour le groupe contrôle, nous avons observé les courbes de discrimination attendues : la discrimination était très élevée au niveau de la frontière catégorielle (voir figure 1 pour le continuum /b/-/d/, paire b1d1), et était quasi nulle au-delà de la frontière catégorielle (toutes les autres paires de la figure 1). Par contre, un profil très différent était observé auprès de la plupart des participants avec SW. D’une part, les pics de discrimination étaient déplacés pour bon nombre d’eux. D’autre part, ils présentaient des performances de discrimination qui étaient significativement meilleures par rapport aux sujets typiques, et ceci surtout pour des paires intra-catégorielles, que les sujets typiques ne discriminent pas. Autrement dit, les participants avec SW percevaient des différences acoustiques que les participants typiques n’entendaient pas.

Résultats

Tout d’abord, pour le groupe contrôle, nous avons observé les courbes de discrimination attendues : la discrimination était très élevée au niveau de la frontière catégorielle (voir figure 1 pour le continuum /b/-/d/, paire b1d1), et était quasi nulle au-delà de la frontière catégorielle (toutes les autres paires de la figure 1). Par contre, un profil très différent était observé auprès de la plupart des participants avec SW. D’une part, les pics de discrimination étaient déplacés pour bon nombre d’eux. D’autre part, ils présentaient des performances de discrimination qui étaient significativement meilleures par rapport aux sujets typiques, et ceci surtout pour des paires intra-catégorielles, que les sujets typiques ne discriminent pas. Autrement dit, les participants avec SW percevaient des différences acoustiques que les participants typiques n’entendaient pas.

Conclusions: Implications pour l'apprentissage de la lecture

Nos résultats montrent que les enfants et adultes avec SW présentent une perception auditivo-verbale atypique, qui, dans une certaine mesure, est plus fine que celle des enfants et adultes typiques. Néanmoins, l’apprentissage de la lecture ne devrait pas pour autant en être facilité. En effet, celui-ci consiste en l’apprentissage de l’association entre un graphème (une lettre) et un phonème (un son) particulier. Le fait qu’acoustiquement le phonème /b/ change en fonction du contexte verbal ou de l’état émotionnel du locuteur n’est pas informatif pour l’apprentissage des associations entre graphèmes et phonèmes, bien au contraire. L’enfant avec SW pourrait avoir des difficultés à apprendre des associations entre graphèmes et phonèmes justement à cause de sa perception très développée : là où l’enfant typique entend le même son /b/, l’enfant avec SW pourrait entendre différentes variantes acoustiques, et par conséquent, il aurait du mal à comprendre que tous ces sons que lui, il perçoit comme différents, s’écrivent de la même manière. Si cette interprétation de nos résultats est correcte, alors les recommandations suivantes peuvent être proposées pour favoriser l’apprentissage de la lecture : (1) passer au début beaucoup de temps sur l’apprentissage de deux lettres seulement (par exemple, /b/ versus /p/) ; (2) présenter des mots contenant ces lettres en les prononçant avec des intonations variées, afin d’amplifier encore les variations acoustiques d’un même phonème ; (3) présenter chaque fois la graphie du mot, en montrant bien à l’enfant que le /b/ (ou le /p /) s’écrit chaque fois de la même manière, même s’il y a des variations acoustiques ; (4) continuer cet entraînement jusqu’à la maitrise de la distinction /b/ - /p/ et passer ensuite à une autre paire de lettres (par exemple, /d/-/t/). Le but de cette procédure n’est pas seulement d’apprendre à maitriser les différentes lettres, mais surtout d’apprendre des représentations des sons du langage plus abstraites, qui seront moins affectées par les variations acoustiques inhérentes à la production des sons du langage. Notons cependant qu’étant donné le caractère préliminaire de nos données, ces recommandations doivent encore être considérées comme des hypothèses de travail à l’heure actuelle.

Figure 1

Lectures recommandées :

Majerus, S., Poncelet, M., Bérault, A., Audrey, S., Zesiger, P., Serniclaes, W., & Barisnikov, K. (2011). Evidence for atypical categorical speech perception in Williams syndrome. Journal of Neurolinguistics, 24, 249-267.
Majerus, S., Poncelet, M., Barisnikov, K., & Van der Linden, M. (2009). Approche neuropsychologique du syndrome de Williams : Introduction générale et aspects langagiers. In M. Poncelet, S. Majerus & M. Van der Linden (Eds.), Traité de Neuropsychologie de l’Enfant (pp. 525-547). Marseille : Solal.

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INCLUSION - A.S.B.L.

Groupement «syndrome de Williams» — Avenue Albert Giraud, 24 - 1030 Bruxelles