Service d’aide à l’apprentissage

Service d’aide à l’apprentissage: un exemple d’intervention centrée sur les compétences sociales et la gestion des émotions

Auteur: L. Van de vonder & M.C.Haelewyck - Université de Mons, Service d’Orthopédagogie Clinique - Présenté lors du colloque du 26.11.2012 à Bruxelles

1. Introduction

Les enfants et adolescents porteurs du syndrome de Williams (Beuren) se caractérisent généralement par une grande sociabilité et un contact facile avec leurs pairs, servis par de bonnes capacités langagières. Soucieux du bien-être deleurs proches, ces enfants ont une sensibilité accrue et une interprétation généralement bonne des expressions sentimentales. Malgré ces caractéristiques,le développement social des enfants WBi nécessite une attention particulière et la mise en place, dès le plus jeune âge, d’un soutien éducatif centré sur le développement des interactions sociales et la gestion des émotions.
En effet, le syndrome se marque également par une difficulté pour l’enfant à différencier les attitudes à adopter envers les proches et les personnes étrangères, une difficulté à communiquer et à partager des centres d’intérêts avec des enfants du même âge ainsi qu’une grande anxiété pouvant générer des troubles du comportement.
Enfin, le décalage existant entre les capacités verbales, assez bonnes, et les capacités cognitives, plus faibles, peut entrainer chez ces enfants, une grande frustration affaiblissant alors leur confiance et leur estime de soi.

Notre communication portera sur le développemental socio-émotionnel des enfants porteurs du syndrome de Williams. Nous aborderons tant les forces que les déficits présents chez ces enfants et les placerons dans une perspective développementale. Nous aborderons ensuite la question de l’intervention auprès de ces enfants en nous appuyant sur des exemples de pratiques mises en place pour aider, d’une part, au développement des compétences sociales, d’autre part, à la gestion des émotions. Ces exemples mettront en évidence le rôle de l’environnement et, notamment, celui de l’orthopédagogue dans l’accompagnement des enfants WB.

2. Développement socio-émotionnel des enfants porteurs du syndrome de Williams

Le syndrome de Williams, maladie génétique, se caractérise, chez les personnes qui en sont atteintes, par des traits physiques caractéristiques, une malformation cardiaque, une déficience intellectuelle et des comportements particuliers. Sur le plan du développement intellectuel, le syndrome se marque essentiellement par une discordance importante entre les capacités langagières et le fonctionnement cognitif des enfants. Malgré une apparition tardive du langage, les capacités verbales des enfants W.B sont supérieures à leurs capacités motrices, visuo-spatiales ou de raisonnement logico-mathématique.
Ainsi, Lemel et al (1998 ; cités par Thomasset et Blanc, 2008) évoquent le fait que « pour remédier à leurs déficits dans le domaine grapho-spatial, les [personnes atteintes du syndrome] W.B. font appel à des suppléances verbales. »

Les compétences langagières des enfants W.B ont été particulièrement étudiées en raison de leur grande variabilité. En effet, si certaines fonctions du langage sont préservées, comme les capacités lexicales et syntaxiques, d’autres sont déficitaires et, couplées aux déficits cognitifs, entrainent des difficultés, pour les personnes, à appréhender l’environnement, notamment l’environnement social. Nous ciblons, dans ce résumé, les principales forces et difficultés des enfants WB sur le plan socio-émotionnel.

Les « forces » des enfants WB: 

 Ils sont gentils et amicaux. Ils parlent volontiers, cherchent les contacts et peuvent facilement s’identifier à d’autres. Ils sont polis et sont souvent décrits comme aimables.
 Ils nourrissent une grande sensibilité et attention au bien-être de leurs proches et de leurs pairs.
 Ils ont une bonne compréhension et une interprétation fine des expressions émotionnelles.
 Ils sont fascinés par certains phénomènes et peuvent développer des « talents » (par exemple, jouer d’un instrument, avoir des connaissances précises sur un sujet).
 Ils disposent d’un bon vocabulaire et de bonnes capacités syntaxiques et se montrent souvent bavards.

Les « faiblesses » des enfants WB
:

 Ils recherchent le contact sans tenir compte des conventions sociales et ne distinguent pas toujours correctement les attitudes à adopter face à une personne proche ou à une personne étrangère. L’enfant WB entre plusfacilement en contact avec des adultes qu’avec des pairs du même âge.
 Ils peuvent vite devenir anxieux et inquiets par rapport à des événements familiaux (maladie) ou de société (catastrophes) et donc avoir besoin d’être rassurés.
 Ils ont des difficultés à moduler leurs émotions selon les circonstances. Ils développent des comportements obsessionnels et peuvent être obnubilés par certains objets (objets qui tournent, objets lumineux). Leurs sujets de conversation peuvent donc vite devenir stéréotypés également.
 L’aspect sémantique du langage est défaillant. La compréhension du sens s’en trouve donc entravée. De plus, les enfants WB peuvent employer des phrases stéréotypées (« cocktail party speech ») ii et imiter l’intonation des adultes ce qui ne facilitent pas l’élaboration d’une conversation.
 Le décalage existant entre les compétences langagières et les compétences cognitives, associé à un intérêt accru pour les interactions sociales, peut entrainer chez les enfants WB un sentiment de frustration important. Très sociables, les enfants WB aiment aller à la rencontre de leurs pairs mais, de par leurs particularités cognitives et comportementales, peuvent rencontrer de réelles difficultés pouvant entrainer un repli sur soi (Rösch, 2004), une faible estime de soi et des troubles du comportement. Ces sentiments peuvent grandir en même que temps que l’enfant qui, à l’adolescence, prend davantage conscience de ses limites. Qui plus est, l’adolescence est, par excellence, la période où le jeune se tourne et cherche à s’identifier à un groupe de pairs, ce qui peut rendre encore plus grande sa frustration.

3. Exemples d’interventions favorisant le développement des interactions sociales et la gestion des émotions

Dans le cadre de notre présentation, nous aborderons deux domaines particuliers pouvant faire l’objet d’actions éducatives : les interactions – plus particulièrement les compétences conversationnelles – et la gestion des émotions. Nous présenterons un ensemble de pratiques pouvant favoriser le développement social des enfants ou adolescents WB. Parmi ces pratiques, nous aborderons entre autres :
- les bénéfices des groupes de parole sur le développement de la communication et des interactions sociales
- la technique des scénarios sociaux comme moyen d’éveiller la conscience des règles sociales et la résolution de problèmes
- le travail des émotions à l’aide d’outils adaptés.

4. Bibliographie

Pirchio, S., Caselli, M. C. & Volterra, V. (2003). Gestes, mots et tours de parole chez des enfants atteints du syndrome de Williams ou du syndrome de Down. Enfance, 55 (3), 251-264.
Rösch, D. (2004). Ré-éducation et pédagogie dans le syndrome de Williams- Beuren. La place de la clinique dans l’accompagnement au long cours d’enfants porteurs du syndrome. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 52, 430-437.
Thomasset, M. & Blanc, R. (2008). L’estime de soi chez l’enfant porteur du syndrome de Williams-Beuren. L’influence du mode de scolarisation. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 56, 165-172.

5. Quelques ressources utiles

Ackx, M. & Dewit, J-L. (2011). Pour que la communication devienne cadeau d’émotions. Viroinval (Belgique) : Les Editions du Peuple.
Bara, M. & Haelewyck, M-C. (2005). C’est la vie de qui après tout ? Album du jeune. Mons : Université de Mons.
Chasen, L.R. (2011). Social skills, emotional growth and drama therapy.
Inspiring connection on the Autism Spectrum. London (UK): Jessica Kingsley Publishers.

i L’abréviation W.B sera utilisée dans le texte pour signifier Williams-Beuren.
ii Type spécifique de langage incluant un usage important de formes idiomatiques, de clichés et d’éléments de remplissage (Udwyn & Yulle, 1990 ; cités par Pirchio et al, 2003)

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INCLUSION - A.S.B.L.

Groupement «syndrome de Williams» — Avenue Albert Giraud, 24 - 1030 Bruxelles